Les 21 virages de l'Alpe d'Huez sont numérotés à l'envers... et c'est une idée d'hôtelier

Les 21 virages de l'Alpe d'Huez sont numérotés à l'envers... et c'est une idée d'hôtelier
DR Laurent Salino

Première arrivée du Tour en 1952 avec Fausto Coppi, puis plus rien pendant vingt-quatre ans. Le mythe des vingt et un lacets s'est construit après coup, et de façon très délibérée.

L'ascension fait un peu moins de quatorze kilomètres pour environ mille cent mètres de dénivelé, à 8 % de moyenne. Ce n'est pas la montée la plus dure des Alpes, loin de là. C'est pourtant la plus célèbre du cyclisme mondial, et cette célébrité a une histoire qui n'est pas seulement sportive.

Le Tour de France y arrive pour la première fois en 1952. Fausto Coppi s'impose. La station, née dans les années 1930 et encore modeste, avait payé pour obtenir cette arrivée : c'était, dès l'origine, une opération de promotion touristique assumée.

Ce qui suit est beaucoup moins raconté. Le Tour ne revient pas. Pendant vingt-quatre ans, l'Alpe d'Huez disparaît du parcours. La montée ne redevient un rendez-vous régulier qu'à partir de 1976, et c'est alors seulement que la légende se construit, arrivée après arrivée, duel après duel.

Les vingt et un lacets sont numérotés à rebours : le virage 21 se trouve en bas, à la sortie du Bourg-d'Oisans, et le virage 1 en haut, à l'entrée de la station. On compte donc à l'envers en montant.

C'est un décompte, pas un comptage, et pour un coureur comme pour un cyclotouriste, la différence psychologique est énorme : chaque panneau annonce ce qui reste, jamais ce qui est fait.

Le profil explique aussi la légende. Les cinq premiers kilomètres, les plus raides, sont attaqués juste après le pied de la vallée, sans transition : c'est là que les écarts se creusent, sous une chaleur souvent écrasante et devant une foule compacte. La montée est courte, filmable de bout en bout par un hélicoptère, et son dénouement tient en une demi-heure. Aucune autre ascension du Tour n'offre ce concentré télévisuel.

Chaque virage porte le nom d'un vainqueur d'étape, attribué dans l'ordre chronologique en partant du bas : le virage 21 revient à Fausto Coppi, vainqueur en 1952, le 20 à Louison Bobet en 1954, et ainsi de suite en montant.

L'idée de numéroter les lacets revient à l'hôtelier Georges Rajon, figure de la station. Les vainqueurs étant devenus plus nombreux que les virages, plusieurs noms se partagent désormais certaines plaques.

Le saviez-vous ? La montée n'a jamais cessé d'être un outil de promotion, mais l'outil a fini par produire bien davantage que ce qu'on en attendait. Une station de sports d'hiver est devenue, l'été, un lieu de pèlerinage cycliste mondial. Des dizaines de milliers d'amateurs montent chaque année ces vingt et un virages sans course, sans public et sans dossard, en chronométrant chacun de leurs lacets. Peu d'investissements touristiques auront eu ce rendement.

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