Sous les pistes de l'Alpe d'Huez dort le plus haut village minier médiéval connu d'Europe

Sous les pistes de l'Alpe d'Huez dort le plus haut village minier médiéval connu d'Europe
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À 1 800 mètres, on a extrait de l'argent du XIIe au XIVe siècle. Le site de Brandes s'étend sur près d'un kilomètre : habitations, église, ouvrage fortifié et ateliers. Il est fouillé depuis 1977.

Les skieurs passent dessus sans le savoir. À proximité immédiate de la station de l'Alpe d'Huez, sur les pentes du massif des Grandes Rousses, se trouve l'un des sites archéologiques miniers les plus remarquables d'Europe.

On y a exploité la galène argentifère, un minerai de plomb riche en argent, du XIIe au XIVe siècle. L'enjeu n'était pas seulement économique : l'argent, c'est la monnaie, donc la souveraineté. Frapper monnaie exigeait du métal, et le pouvoir delphinal est allé le chercher à 1 800 mètres d'altitude.

Le site s'étend sur près d'un kilomètre et livre l'organisation complète d'un village : les habitations, l'église Saint-Nicolas, un ouvrage fortifié, et les quartiers de travail avec leurs ateliers de broyage, de concassage et de lavage du minerai. Ce n'était donc pas un campement saisonnier de mineurs, mais une communauté installée à demeure, avec ses familles, son culte et ses symboles de pouvoir.

C'est là que réside l'intérêt scientifique du lieu. Vivre en permanence à cette altitude au Moyen Âge suppose une organisation complète : ravitaillement, chauffage, vêtement, gestion de l'eau, hivernage de plusieurs mois. Les fouilles ont livré jusqu'à des textiles archéologiques, matériau périssable et rarissime, qui font l'objet de travaux universitaires récents. On ne sait presque rien de la vie quotidienne en haute montagne médiévale ; Brandes est l'une des rares sources.

L'altitude, paradoxalement, a joué en faveur des archéologues. Un site abandonné à 1 800 mètres n'est ni relabouré, ni reconstruit, ni recouvert par une ville moderne. Le froid et l'absence d'occupation ultérieure ont figé l'état des lieux au moment du départ des habitants - ce qui explique qu'on y retrouve l'organisation d'un village complet plutôt que quelques fondations éparses.

Le site est fouillé depuis 1977 sous la direction de l'archéologue Marie-Christine Bailly-Maître, avec des équipes de scientifiques et d'étudiants bénévoles. Près d'un demi-siècle de campagnes successives, ce qui est rare, et ce qui explique la finesse de ce que l'on sait aujourd'hui de Brandes.

Le saviez-vous ? L'exploitation aurait été abandonnée après l'inondation des galeries. À l'époque, on ne savait pas évacuer l'eau à cette profondeur. La montagne n'a pas cessé de contenir de l'argent : elle a simplement cessé d'être accessible. Un musée d'histoire et d'archéologie, à l'Alpe d'Huez, présente le mobilier issu des fouilles, et il est ouvert l'été, quand les remontées mécaniques ne tournent pas.

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