Sans Grenoble, Champollion n'aurait sans doute jamais déchiffré les hiéroglyphes

Sans Grenoble, Champollion n'aurait sans doute jamais déchiffré les hiéroglyphes

Né à Figeac, mort à Paris, Champollion a tout appris en Isère. C'est là qu'un préfet revenu d'Égypte a mis des documents antiques sous les yeux d'un adolescent, et qu'il est devenu professeur d'université à dix-huit ans.

Jean-François Champollion est né à Figeac en 1790 et mort à Paris en 1832. Entre les deux, il y a Grenoble. Et c'est probablement là que tout s'est joué.

Il y arrive en 1801, à onze ans, amené par son frère aîné Jacques-Joseph, qui l'inscrit au lycée. Le frère n'est pas un détail de biographie : bibliothécaire de la ville, futur titulaire de la chaire de littérature grecque, il sera tour à tour le mentor, le financier et le relais du cadet.

L'autre homme décisif s'appelle Joseph Fourier. Mathématicien de premier plan, il est nommé préfet de l'Isère en 1802. Mais surtout, il revient d'Égypte : il a participé à l'expédition de Bonaparte et occupé le secrétariat de l'Institut d'Égypte. Il en a rapporté des documents et des objets que presque personne en France ne peut alors consulter.

Les contacts entre les frères Champollion et le préfet sont fréquents. L'adolescent impressionne : au lycée impérial, il fonde avec quelques camarades une « Académie des Muses » et commente devant Fourier un passage de la Genèse en hébreu. C'est l'accès aux documents rapportés d'Égypte par le préfet qui oriente durablement son intérêt vers l'écriture hiéroglyphique.

Une scène est racontée partout : Fourier montrant sa collection au garçon, lui expliquant que personne ne sait lire ces signes, et l'enfant répondant qu'il les lira quand il sera grand. Elle est trop bien tournée pour être prise au pied de la lettre : elle doit beaucoup au récit familial. Ce qui est établi, en revanche, c'est le fait matériel : à Grenoble, un adolescent a eu sous les yeux ce que l'Europe savante n'avait pas encore vu.

La suite est grenobloise aussi. Après un passage par Paris, Champollion revient en octobre 1809 comme professeur suppléant d'histoire à la faculté. Il a dix-huit ans, et son frère vient d'obtenir la chaire de littérature grecque dans le même établissement. Entre 1809 et 1820, il publie et cherche sans relâche, armé de sa connaissance de l'arabe et surtout du copte.

La politique s'en mêle. Pour leur engagement aux côtés de Napoléon pendant les Cent-Jours, les deux frères sont exilés à Figeac de mars 1816 à octobre 1817. Le déchiffrement, lui, viendra en 1822, à Paris, avec la Lettre à M. Dacier lue le 27 septembre devant l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

Le saviez-vous ? La maison de famille des Champollion se trouve à Vif, au sud de Grenoble. Devenue musée départemental, elle a rouvert le 5 juin 2021 et raconte la vie quotidienne des deux frères pendant leurs années iséroises. C'est le contrepoint exact du musée de Figeac : ici, on ne célèbre pas le déchiffreur, on regarde l'atelier où il s'est fabriqué.

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