La mobilisation lycéenne se poursuit en Isère, mais ses modalités divisent désormais les élèves. À Grenoble et dans les communes voisines, certains jeunes cherchent à faire évoluer les actions menées devant les établissements. Leur proposition : laisser passer ceux qui souhaitent suivre les cours, au lieu d'empêcher toute entrée.
Cette stratégie a notamment été mise en œuvre au lycée Pablo-Neruda, à Saint-Martin-d'Hères. Un barrage filtrant y a été installé lundi, permettant aux élèves qui le désiraient de rejoindre leurs salles de classe. Une initiative qui ne fait toutefois pas l'unanimité parmi les jeunes mobilisés.
Faire entendre les revendications sans être associés aux violences
L'idée de ces barrages filtrants a émergé pendant les vacances, à l'initiative d'un groupe de lycéens. Au-delà de cette nouvelle organisation, ils souhaitent aussi marquer une séparation nette avec les comportements violents observés lors de certaines mobilisations.
Ils dénoncent notamment la présence de jeunes munis de mortiers d'artifice ou de bidons d'essence. Pour Rahil, cette évolution est nécessaire afin que les revendications ne soient pas éclipsées par les dégradations et les débordements. Il explique à ICI Isère vouloir que le mouvement soit entendu pour ses idées, plutôt que réduit aux agissements de casseurs.
Mais cette approche suscite des réserves chez d'autres élèves. Ayssima estime qu'un barrage perd son efficacité dès lors qu'une partie des lycéens peut entrer dans l'établissement. Deux visions de la mobilisation coexistent donc : maintenir une fermeture collective ou privilégier une action qui ne contraint pas tous les élèves à manquer les cours.
Les parents aussi divisés sur les blocages
Les discussions ne se limitent pas aux lycéens. Devant les établissements, les parents d'élèves sont également présents et prennent part au débat.
Certains viennent soutenir leurs enfants et disent vouloir les protéger face aux interventions policières. D'autres souhaitent au contraire que les cours puissent reprendre normalement. Ils mettent en avant les conséquences possibles des absences répétées sur la scolarité, après plusieurs semaines déjà perturbées.
Des parents tentent également de s'opposer à l'installation de poubelles devant les établissements, utilisées par certains jeunes pour entraver les entrées et parfois être incendiées. Les désaccords se prolongent jusque dans les échanges entre familles, notamment sur les groupes WhatsApp de parents d'élèves, où les positions opposées peuvent provoquer des tensions.
Alors que les organisations lycéennes appellent à de nouvelles actions ce mardi 3 novembre, puis jeudi 5 novembre dans le cadre de la mobilisation interprofessionnelle, le débat porte donc autant sur les revendications que sur la manière de les faire entendre. Les annonces gouvernementales de la semaine précédente n'ayant pas entièrement convaincu les organisations, la mobilisation reste d'actualité.