Le sentiment de ne pas avoir les mêmes chances dès l’entrée au lycée
Pour Zakarya, les différences entre élèves sont devenues particulièrement visibles à son arrivée au lycée. Venu du quartier de La Villeneuve, il raconte avoir découvert un décalage avec des camarades issus d’établissements du centre-ville, notamment dans la connaissance des parcours d’orientation et des outils comme Parcoursup.
Cette expérience lui a fait prendre conscience que tous les lycéens ne disposent pas des mêmes ressources pour préparer leur avenir. Certains arrivent avec des repères et un accompagnement déjà acquis, tandis que d’autres doivent découvrir seuls les démarches et les possibilités qui s’offrent à eux.
Les trois élèves estiment que ces écarts ne relèvent pas uniquement des parcours individuels. Ils pointent des inégalités territoriales et sociales qui peuvent peser très tôt sur les ambitions et les choix d’orientation.
Le racisme, une autre réalité dénoncée par les jeunes
À ces difficultés s’ajoute, selon eux, le poids des discriminations liées à leurs origines. Lokman explique notamment ressentir une inquiétude face à la multiplication des discours qu’il juge hostiles aux personnes racisées. L’attentat de Trappes, évoqué dans l’article du Dauphiné Libéré, a renforcé ce sentiment d’insécurité chez certains jeunes interrogés.
Il dénonce également des contrôles policiers qu’il considère comme discriminatoires. Il rapporte avoir été contrôlé à deux reprises à quelques dizaines de mètres d’intervalle lors de la manifestation du 24 octobre, et estime que les jeunes racisés ne sont pas traités de la même manière que leurs camarades.
Pour ces lycéens, le mouvement actuel constitue donc aussi une occasion de rendre visibles des expériences qui, selon eux, restent insuffisamment prises en compte dans le débat public.
Faire entendre la voix des quartiers populaires
Leur engagement s’accompagne d’un appel à davantage de participation politique dans les quartiers populaires. Lokman considère que les habitants concernés doivent pouvoir s’emparer des questions institutionnelles et sociales qui influencent leur quotidien, plutôt que de subir des décisions prises sans eux.
L’orientation scolaire reste au cœur de leurs préoccupations. Il observe que certains élèves se retrouvent en filière professionnelle faute d’informations suffisantes ou parce que les possibilités qui leur sont présentées sont limitées. Une situation qui, à ses yeux, contribue à reproduire les inégalités entre milieux sociaux.
Les données citées dans l'article du Dauphiné Libéré, notamment celles de la fondation Break Poverty sur les choix d’orientation selon l’origine sociale, illustrent ces écarts.
Une mobilisation qui dépasse les revendications scolaires
Markus, Lokman et Zakarya ne souhaitent pas limiter leur participation aux seules questions liées à l’organisation de l’enseignement. Ils veulent également faire entendre leur place dans la société et dénoncer le climat de défiance et de rejet qu’ils disent subir.
Malgré leur colère, les trois terminales disent conserver l’espoir que leur mobilisation puisse contribuer à faire évoluer les choses. Ils rappellent que les jeunes des quartiers populaires font pleinement partie de la société française et entendent être considérés comme des acteurs de son avenir.
Leur présence est donc annoncée pour la nouvelle journée de mobilisation prévue ce samedi 31 octobre à Grenoble.