C'est un projet qui traverse les décennies sans jamais faire l'unanimité. Imaginée à la fin des années 1980, puis officiellement lancée en 1991, la liaison ferroviaire Lyon-Turin reste au cœur d'un affrontement entre ses défenseurs et ses opposants.
Ce samedi 31 octobre, ces derniers ont choisi de profiter d'Halloween pour organiser une mobilisation baptisée "Le chantier de l'horreur", à Chapareillan, dans la vallée du Grésivaudan.
Une manière de rappeler leur opposition à cette nouvelle liaison entre la France et l'Italie, censée notamment favoriser le transport de marchandises par le rail.
Un tunnel de 57,5 kilomètres, encore loin d'être terminé
Au centre du projet figure un tunnel ferroviaire de 57,5 kilomètres, creusé sous les Alpes entre Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie, et Suse, en Italie.
Malgré les accords franco-italiens successifs et des années de travaux préparatoires, près de 70% du tracé du tunnel principal reste encore à creuser.
Sa mise en service est désormais envisagée pour la fin de l'année 2033. Quant aux nouvelles infrastructures d'accès côté français, elles pourraient voir le jour beaucoup plus tard.
Le coût de l'opération continue lui aussi de faire débat.
La seule section transfrontalière représente désormais un investissement estimé à plus de 11 milliards d'euros. En incluant les nouvelles lignes d'accès françaises et italiennes, le montant global atteint plusieurs dizaines de milliards d'euros.
Un million de camions en moins chaque année ?
Pour les défenseurs du Lyon-Turin, cette infrastructure doit permettre de développer considérablement le fret ferroviaire et de réduire la circulation des poids lourds dans les Alpes.
SNCF Réseau met notamment en avant l'objectif d'un million de camions retirés chaque année des routes alpines grâce au transfert des marchandises vers le train.
Les opposants contestent cependant la nécessité d'une nouvelle liaison alors qu'une ligne ferroviaire existe déjà entre les deux pays, via le tunnel historique du Fréjus.
Ils estiment qu'une modernisation de cet axe permettrait d'augmenter le transport de marchandises sans engager un chantier d'une telle ampleur.
Autres sujets d'inquiétude : les conséquences des travaux sur les ressources en eau, les terres agricoles et les habitations situées à proximité du tracé.
Une mobilisation festive à Chapareillan
La commune de Chapareillan occupe une place particulière dans cette contestation. C'est là qu'a été créé, en 2010, le Collectif contre le Lyon-Turin.
Seize ans plus tard, ses membres poursuivent leur mobilisation contre le projet.
Ce samedi, la salle polyvalente de Chapareillan accueillera les opposants de 11h à minuit, avec des concerts, des spectacles, des ateliers, une balade naturaliste et des échanges autour du chantier.
Une journée voulue festive et familiale, mais avec un message politique clair : pour les opposants, il est encore temps de remettre en question ce projet ferroviaire vieux de plus de 35 ans.