Les tailles de gants ont été inventées à Grenoble

Les tailles de gants ont été inventées à Grenoble
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En 1834, le gantier Xavier Jouvin dépose le brevet d'un système qui classe les mains en centaines de types. Adopté par toute la profession, il a fait de Grenoble la capitale mondiale du gant.

Prenez une paire de gants et cherchez la taille. Le chiffre que vous lirez descend d'un système mis au point à Grenoble au XIXe siècle par un homme dont presque personne ne connaît le nom.

Xavier Jouvin était gantier, spécialiste du gant de peau de chevreau. Le problème qu'il s'est posé était très concret : jusque-là, chaque gant se taillait à la main et à l'estime, et la qualité de l'ajustement dépendait entièrement du coup d'œil de l'ouvrier. Le résultat était irrégulier et la production lente.

Jouvin procède par la mesure. Il étudie la forme des mains et l'extensibilité des peaux, et bâtit une classification qui distingue plusieurs centaines de types de mains, en croisant les formes et les tailles. À chaque type correspond un patron. Il dépose le brevet de son procédé le 27 juin 1834, suivi de brevets d'addition et de perfectionnement dès 1835.

En 1838, il perfectionne l'ensemble avec l'outil qui a donné son nom à l'invention : la "main de fer", un emporte-pièce à la forme du patron, capable de découper six gants d'un seul coup. Le brevet lui vaut une médaille de bronze à l'exposition industrielle de Paris en 1839. En quatre ans, la ganterie est passée de l'artisanat à l'industrie.

Ce que Jouvin invente au fond, c'est la taille standard appliquée à un vêtement ajusté. L'idée paraît banale aujourd'hui parce qu'elle a gagné : nous achetons des chaussures, des chemises et des gants sans les essayer, en nous fiant à un nombre. Au début du XIXe siècle, c'était une rupture. Elle suppose d'admettre que les corps, malgré leur variété apparente, se rangent dans un nombre fini de catégories mesurables.

Xavier Jouvin meurt en 1844, à quarante-deux ans. Quelques années plus tard, ses brevets tombent dans le domaine public, et la profession s'en empare massivement. Plus de cent cinquante gantiers grenoblois adoptent le système. La ville connaît alors un essor spectaculaire et exporte ses gants vers l'Angleterre, les États-Unis, la Russie ou l'Australie.

Le saviez-vous ? La ganterie a été pendant des décennies la première industrie grenobloise, employant une main-d'œuvre considérable et très majoritairement féminine, en atelier comme à domicile. Il en reste dans la ville une statue de Xavier Jouvin et un musée de la Ganterie. Et il en reste surtout une norme, toujours en usage dans le monde entier, que plus personne n'associe à Grenoble.

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