La houille blanche est née dans une papeterie de Belledonne

La houille blanche est née dans une papeterie de Belledonne
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En 1869, à Lancey, Aristide Bergès capte une chute de 200 mètres pour faire tourner ses machines. Le mot qu'il popularisera vingt ans plus tard fera plus pour l'hydroélectricité que n'importe quelle démonstration technique.

Aristide Bergès n'était pas un rêveur. Né en 1833 en Ariège dans une famille de papetiers, formé à l'École centrale des arts et manufactures de Paris, il cherchait de la puissance mécanique pour son usine. Il est allé la chercher dans une montagne.

En 1869, il installe à Lancey, au pied du massif de Belledonne, une râperie de bois, l'atelier qui réduit le bois en pâte à papier. Le procédé est vorace en énergie. Bergès établit alors, sur le torrent de Lancey, une conduite forcée de 200 mètres de dénivelé : l'eau captée en altitude, canalisée puis précipitée dans un tuyau, actionne une turbine qui entraîne les machines.

Le principe de la conduite forcée n'est pas de lui. Ce qui est neuf, c'est l'ampleur du dénivelé exploité, et l'idée qui va avec : en montagne, une haute chute vaut mieux qu'un gros débit. La ressource ne se mesure plus en volume d'eau mais en hauteur de chute. Tout le développement hydroélectrique alpin découlera de ce renversement.

En 1882, il ajoute une papeterie à sa râperie et pousse la logique plus loin : conduite forcée de 500 mètres de dénivelé, et une dynamo Gramme accouplée aux turbines pour produire du courant et éclairer l'usine. On est passé de la force mécanique à l'électricité.

Le contexte rend l'invention précieuse. La France de la fin du XIXe siècle est un pays pauvre en charbon, qu'elle doit importer massivement d'Angleterre et d'Allemagne - une dépendance stratégique autant qu'économique.

Toute source d'énergie nationale et gratuite représentait donc bien plus qu'un progrès industriel : une forme d'indépendance.

Reste le coup de génie, qui n'est pas technique mais lexical. L'expression "houille blanche" se développe à Grenoble à partir de 1878 ; Bergès en fait sa bannière et la popularise définitivement à l'Exposition universelle de Paris, en 1889. Le mot fait tout le travail. Il pose l'eau de montagne en rivale directe du charbon, ressource dont la France manque cruellement et qu'elle doit importer. Un argument industriel devient d'un coup un argument national.

Le saviez-vous ? Grenoble doit beaucoup à cette formule. La ville accueillera en 1925 une Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme, et l'énergie hydroélectrique bon marché y attirera l'électrochimie, l'électrométallurgie, puis les laboratoires qui ont fait sa réputation scientifique.

La maison de Bergès, à Villard-Bonnot, est aujourd'hui un musée départemental consacré à cette histoire.

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