Implanté sur la presqu’île scientifique de Grenoble, entre le Drac et l’Isère, l’Institut Laue-Langevin (ILL) occupe une place importante dans la recherche internationale. Son réacteur nucléaire de 58 mégawatts thermiques alimente 43 instruments scientifiques permettant d’étudier la matière à l’échelle nanométrique. Ses applications concernent notamment la santé, l’énergie, la physique et les matériaux quantiques.
Depuis sa mise en service en 1971, l’installation a accueilli des milliers de chercheurs venus du monde entier. Selon les données présentées par Le Dauphiné Libéré, l’ILL a franchi récemment le cap des 200 cycles de fonctionnement, pour un bilan dépassant les 60 000 expériences et les 30 000 publications scientifiques.
Un changement de combustible à l’horizon 2031-2032
L’institut prépare désormais la conversion de son réacteur vers un combustible à base d’uranium faiblement enrichi, désigné par le sigle LEU. Aujourd’hui, l’installation utilise de l’uranium 235 hautement enrichi, dont l’approvisionnement dépend exclusivement des fournisseurs américains, selon les responsables cités par Le Dauphiné Libéré.
Ce changement répond notamment à des objectifs de non-prolifération nucléaire et de diversification des approvisionnements. Il doit permettre à l’ILL de poursuivre ses activités scientifiques tout en réduisant sa dépendance à l’uranium hautement enrichi.
La transition nécessitera toutefois des vérifications techniques. Un premier essai est programmé lors du deuxième cycle de 2029. Si les résultats sont concluants, la conversion complète pourrait intervenir entre 2031 et 2032.
Un impact limité sur les performances scientifiques
Le passage à un uranium moins enrichi devrait entraîner une légère diminution du flux de neutrons, estimée à environ 1 %. Selon les responsables de l’institut, cette évolution aurait peu de conséquences sur les expériences menées grâce aux performances des instruments scientifiques.
La durée des cycles à pleine puissance serait, en revanche, réduite de 46 à 42 jours. Des essais sur les éléments combustibles ont déjà été réalisés en Belgique et ont permis de valider leur conception.
Cette évolution constitue donc un chantier important pour l’ILL, qui cherche à maintenir son niveau d’excellence scientifique tout en adaptant son fonctionnement aux exigences internationales en matière de non-prolifération nucléaire.